Dope
Je n'aime pas regarder de "film de noirs". J'ai l'impression que le plus souvent, ce sont des comédies (romantiques) ou des drames dans le ghetto. Ce n'est pas le genre de chose qui me parle particulièrement. Cependant, il y a quelques temps, j'ai regardé la critique du film Dope par Andre the Black Nerd. A l'issue de cette vidéo, je me suis dit, "faut que je vois ce film, dammit!" En effet, pour ceux du fond qui ne suivent pas, parvenir à concilier les pôles nerd/intello/marginal et guadeloupéen/noir est une des problématiques (sinon la problématique) les plus récurrentes chez moi, et je voulais voir comment ce film avait traité cette question. Je ne vais pas mentir, j'ai cru qu'il ne sortirait pas en France (comme Think like a man), j'ai cru que j'allais devoir le regarder en streaming, quand j'ai appris qu'il sortirait finalement en France, près de 5 mois après sa sortie aux States. Ce serait l'oeuvre de distributeurs indépendants, ils ont quand même réussi à le faire doubler, quand je pense à Dear white people qui ne l'a pas été.
Malcolm est un jeune geek qui vit à Ingleton, une banlieue chaude de Los Angeles avec sa mère. Fan du Hip Hop des années 90, et membre d'un groupe de punk avec ses amis Diggy et Jibb, il ambitionne de rejoindre Harvard.
Entre les brimades d'autres élèves et le monde qui l'entoure, la vie de Malcolm est sa vie n'est pas rose. Mais quand il reçoit une invitation à la fête d'anniversaire d'un des plus gros dealers du quartier, lui et ses amis ignorent qu'ils s'embarquent dans une aventure qui va les changer.
Production : J'ai beaucoup apprécié la musique de ce film, en particulier les chansons du groupe formé par les personnages principaux, Awreeoh. Franchement, j'adore It's my turn now et Can't bring me now. A côté de ça, j'ai apprécié la photographie du film. Je ne m'y connais pas vraiment en vocabulaire cinématographique, mais je fais référence ici aux ton des images. Elles sont bercées dans un filtre un peu jaune qui donne un côté ensoleillé, peut-être pour vraiment appuyer sur le fait que ça se passe en Californie (même si personnellement, j'associe ces couleurs à la Floride).
Cependant, j'ai trouvé le film assez long. 1H55 c'est plutôt long pour une comédie.
Ecriture : Ce qui m'a vendu ce film était le fait de montrer ce que ça peut être d'être un geek noir, et malheureusement, j'ai pensé que la trame principale absorbait une bonne partie de l'action du film. Au final, ces passages auraient pu être un mélange de comédie comme j'en ai vu au cours de ma vie. Cependant, en rentrant chez moi, j'ai réfléchi au film, et j'ai réalisé qu'effectivement, pendant une bonne partie du film, on ignore copieusement Malcolm et ses amis.
Néanmoins, l'écriture indique aussi l'évolution du personnage de Malcolm, comment il passe d'un mec un peu dans sa bulle à celui d'un jeune homme fort dans son identité et ses capacités, et d'une certaine manière, cela permet d'expliquer la longueur du film.
Personnages : Au départ, j'étais un peu refroidi quand j'ai appris que les personnages étaient des fan du Hip Hop des années 90. Etant donné que j'écoute beaucoup de (Power) Metal, je pensais que ça créerait une distance entre eux et moi. Cependant, en regardant le film, j'ai remarqué qu'au final, ça marquait davantage leur décalage vis-à-vis de leur environnement qu'autre chose. T'as des mecs qui sont habillés comme MC Hammer (j'exagère) qui tranchent complètement avec les autres jeunes qui sont vêtus comme des membres de gang.
Je me suis sentis proche de Malcolm. Je pense pas que j'aurais réagi comme lui si j'étais projeté dans une situation similaire (je ne serais tout simplement pas allé à la fête), mais à de nombreuses reprises, les répliques de Malcolm sont des choses que je pense ou que j'aurais pu dire. Par exemple, la manie de corriger les gens ou de ramener ma science alors que ça me fait plus passer pour un monsieur-je-sais-tout arrogant qu'autre chose (je me soigne d'ailleurs).
Les autres personnages sont sympa d'ailleurs. Avec en tête, Dom, le dealer. En dépit d'être un voyou, c'est un personnage affable qui est conscient des responsabilités qui lui incombe. Comme le fait de se faire respecter par les autres quitte à les passer à tabac pour l'avoir contre-dit. Je ne passe pas sur les deux autres personnages principaux, même s'ils sont dans l'ombre de Malcolm, et ne parviennent pas vraiment à s'en dégager.
Au final, est-ce que je partage l'avis d'Andre? Oui. Ce film montre ce que c'est d'être un geek noir. Tu sais jamais vraiment ce que tu es. Tu dois souvent affronter les préjugés et les attentes que les autres personnes ont de toi, dans un sens, comme dans l'autre. Et parfois c'est très difficile de faire en sorte que les deux "natures", souvent perçus comme contradictoire, aillent ensemble. Et d'une certaine manière, j'en veux au film de ne pas avoir assez appuyé ce fait, sauf à deux moments, vers la fin de la première partie et vers la fin du film avec le discours de Malcolm qui montre à quel point il a évolué.
Par contre, je me demande c'est quoi ces geek super musclés?! Et après ils te disent qu'ils sont pas athlétiques!
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